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mardi 21 septembre 2010

Dys-Harmonie


La fascination white trash constitue la transgression ultime pour une moyen-orientale a vocation dissolutive - dans la république, s'entend. Apologie du moche, du médiocre, d'une certaine idée de l'americana, comme tout cela est exotique, frisson blanc sur peau mate. Alors quand on se voit proposer l'avant-première du film Trash Humpers d'Harmony Korine (soit : "Baiseurs de poubelles"), on galope avec un sourire gourmand vers la Cinémathèque Française.

Harmony Korine fut un temps un pote de Larry Clark, ils ont commis ensemble les films Kids et Ken Park. Pour résumer le travail du binôme: obsession des corps adolescents de bonne facture déchirés au crystal meth + skate culture + sexualité brutale + absurdité et sinistrose. En gros tout est moche et avec un peu de chance, on meurt à la fin, seul mais avec le sourire, pendu à son bouton de porte, après une séance de masturbation inventive (voir Ken Park pour cette référence onaniste classieuse). Efficacité clippesque, images léchées pour évoquer du propos dégueulasse : souvenirs émus... Cependant, certitude absolue que cette esthétique ne peut plaire qu'à des jeunes qui développent doucement un ABC proto-punk et à quelques vieillards priapiques.

A trente ans révolus, le regard change, il y avait des chances que le dernier Korine ne provoque pas forcément les secousses telluriques des premiers. Avant la projection, le réalisateur salue la salle d'un « Hey motherfuckers » hilare assez convenu, devant un premier rang de quarantenaires en manteaux couleur camel. Ennui. La foule bigarrée, composée de journalistes culturels et de mouches à vernissage, bruisse de tout son cachemire. L’un des hôtes de l’avant première explique, en retenant un sanglot, que les protagonistes du film, visionné il y a un an de cela, lui «ont beaucoup manqué ». On essaye de ne pas se souvenir que dans les quelques extraits visionnés sur le web, des cartes vermeil grimaçantes sodomisent des poubelles. On s'enfonce dans son fauteuil, on commence à être inquiet. On a raison.

Pendant les 40 minutes durant lesquelles on réussira à se battre contre l'envie de se barrer en hurlant que « punk is dead » et qu'il y a des limites merde, on se demande si on a pas viré vieille conne. Ce film, ce sont des trois papys/mamys gesticulateurs revêtus de tristes masques, qui refont du Jackass en beaucoup moins rigolo. Riton baise une poubelle, Jeanette masturbe une branche d'arbre, un enfant fracasse une poupée avec un marteau. Plans DVD cam à peu près flous, cuts comme même ton beau-père n'oserait pas en faire, quelques scènes de cul avec des prostituées moches. C'est ça le white trash cru 2009 ? Des vieux qui font les jeunes cons en tordant leurs tristes corps de manière obcène ? Tout est déjà vu, ou vraiment mal revisité, il ne se passe rien, on s'emmerde, c'est moche mais/et chiant, gros malaise tandis que les modeuses du public ricanent de manière hystérique en s'envoyant des regards entendus d'intelligence.

Harmony, tu nous aurais pas fait des gros doigts déguisés en film, là ? Une grosse mascarade d'occupation inepte de temps de cerveau disponible pour hypeux ? Avant la fin du film, on s'est faufilés vers la sortie, et on a poussé un grand cri primal. On a ensuite caressé les poubelles publiques avec une tendresse absolue.

Et on s’est promis de re-visionner Ken Park. Pour retrouver le Korine qui nous avait séduit : l’envie de dire quelque chose, le caramel des peaux adolescentes bronzées, l’absurdité de ces jeunes protagonistes à la rugosité minimale, qui semblent pris d’une transe cruelle et s’enlisent dans des vies rendues tristes par la conjuration des imbéciles qui les entourent. L'impossibilité du bonheur adolescent, sous le soleil californien exactement.

Cette critique fielleuse a été reprise quelque peu modifiée dans le N°2 de La Mèche, nouvel hebdomadaire satirique de gens pas forcément pro-UMP.

mercredi 3 mars 2010

You (fuckin) ruined it

Yannick Dahan dans "Opération Frisson". Une amourette d'adolescente trentenaire : sourire réjoui quand l'émission commence, regard gourmand sur l'homme qui dit les films, ses gestes, sa voix, son & lumière, le show total, son cortex plein de circonvolutions sexy, l'envie de lui lustrer le crâne et de lui ouvrir ses bières. Films de genre, expertise slasheresque, love du zombie, Steven Seagall, badass, charisme et accent Sud-Ouest : a priori si vous lisez ce blog c'est que vous êtes l'un de mes 9 amis, inutile donc de re-préciser la terminologie Dahanienne ou de faire l'article : Yannick is da man.

Mini-orgasme lorsque l'on apprend qu'il prépare un film de zombies. Envoi d'une candidature énamourée pour faire la zombie. Rejetée. Néanmoins, l'amour perdure (c'est mon côté connassonne). Le temps passe, le film se fait, sort sur les écrans. On évite de lire les critiques, on sait qu'elles ne sont pas tendres, et vu le passif du monsieur, on se dit que les gens c'est rien que des aigris vexés dans leurs dedans de filmakers ratés.

Et puis un soir on va voir La Horde. Et ça m'écorche la pulpe du bout des doigts de devoir admettre que ce film est à peu près le plus mauvais film que j'aie vu. On va dire "cette année" par politesse.

PUTAIN MAIS MEC MAIS pourquoaaa.
Pourquoi choisir des acteurs qui ne savent pas jouer et pire encore, un gars dont la voix est l'exacte réplique de celle du doubleur de Stallone époque premiers Rocky (pour de vrai, ambiance "Adrienne" et tout)?
Pourquoi la caméra tangue-à-l'épaule-style pendant 99 % du film et devient tristement statique au seul (putain de) moment où accompagner le mouvement se justifie - l'éclatage méthodique d'une tronche contre un gros pilier en béton, soit mes seules 9 secondes de bonheur?
Pourquoi ne croit-on à aucun personnage, et devant tant de transparence chiante, se raccroche-t-on désespérément au vieux papi gouailleur et à la fille sèche-quoique-abîmée-mais-techniquement-surtout-sèche (les seuls du film à avoir un peu de peau sur les os)? Comment peut-on ne pas raconter d'histoire à ce point, et ne pas tranformer l'absence de narration en un parti pris, un truc, une envie de, un Balisto ?
Pourquoi localiser l'action dans une cité apocalpytique où le sentiment d'enfermement commence avec le film : strictement aucune gradation dans l'asphyxie.
Pourquoi avoir cruellement manqué de moyens ?
Pourquoi la caméra, comme honteuse, ose à peine filmer tes zombies alors qu'on brûle de les voir ?
Pourquoi le sang effet spécial "ta grand-mère fait de la 3D ratée" dans la séquence où Stallone se retrouve entouré par la horde précitée ?

("Pourquoi" pendant longtemps si vous voulez mais en même temps demain je bosse donc bon.)

Oui, tiens, pourquoi ?

Yannick Dahan parle, vend, astique et fait briller le film (de zombie) mieux que personne. Douleur à l'idée qu'il sait forcément que son film est raté. J'aime ce mec et les films de zombie, je manque d'objectivité, je suis l'incarnation de la tendresse molle, et pourtant Christ Roi JE SUIS FOLLE DE RAAAGE.

Le manque de moyens: naha, no excuse, baby. Dead Set et Rec n'ont pas du bénéficier de moyens PIBesques, quoique certainement un peu plus gros. Et pourtant ces films claquent et hantent et j'ai lacéré mon canapé d'angle moche tellement tu sais que tout le monde va mourir dans d'atroces souffrances et qu'assez désagréablement tu sens que toi aussi si tout du moins ton petit coeur ne lâche pas.

Ton petit coeur brisé de fan de.

Plan serré sur la fille qui pleure, le front posé sur la froide vitre avec un peu de buée dessus et des chevaux qui galopent dans le champ vert fluo irlandais de ta mère de putain de film raté de même pas t'y crois tellement c'est un naufrage.

lundi 23 novembre 2009

Cinéma coréen, tu es euh mien ? Bien ? (ouais bon ben si vous avez une meilleure idée de titre...)

Aujourd'hui, malade comme quand on est malade.

Alors du coup, parlons cinéma.

Malgré une nippophilie assumée, ces dernières années, en termes de cinéma, j'effectue un lent mouvement de reptation vers la Corée. Saturation de films japoniso-verdâtres, avec du macabre et du evil spirit dedans. Léger ras-le-bol des diaphanes jeunes filles en fleur qui font le sexe torride et rentrent jouer à Hello Kitty avec leur air de ne pas y toucher (tsssk).

La Corée, en revanche (geste emphatique avec les bras et points de suspension...)

Ca m'a l'air plus sale, moins sous contrôle que le Japon. Une asie corrompue par le christianisme, ça fait de super bons films. Park Chan Wook, par exemple, et sa trilogie : Sympathy for M. Vengeance, Old Boy et Lady Vengeance. Un tryptique dont bien des gens ont dit beaucoup de mal : esthétisant, cruel, ultra-violent, facile, grandiloquent. Oui, c'est vrai. Et rhooo, ben dis donc, comme une connasse, j'ai vachement aimé.

L'immersion dans l'univers du réalisateur s'est faite via "Sympathy" : je me rappelle de mes hoquets de dégoût pendant le matage du film. Souvenir assez précis de la bande-son (les os qui craquent), des thèmes centraux colère-vengeance-violence, le sexe asiatique enfin sali et entaché de ce qui fait mon quotidien : ces putains de valeurs chrétiennes, qui compliquent tout, en rendant ce tout visqueux et collant comme du natto. Puis "Old Boy", film magistral d'une perversité absolue, avec pour apex ce plan séquence où le héros pulvérise une bonne centaine de connards avec ses poings et un marteau (aucune symbolique post-communiste à y voir là dedans, hein, que les choses soient claires).

Et pour finir Lady Vengeance, qui m'a fait hoqueter de tristesse en tordant mes doigts sur le joli fauteuil rouge du cinéma. Parce que tous ces sentiments troubles et assez peu valorisés socialement il faut bien le dire (surtout quand tu es une fille - la haine, la colère, le poing qui part un peu tout seul, tout ça) c'est du travail, pour le garder dedans, et surtout pour tenter de le dissoudre dans la raison et la prise de distance, la parole du Christ Roi et les jupes qui tournent. En sortant du ciné, les yeux bouffis par le trop plein d'amour, je voulais faire un bisou à Lady V, mais nos schedules étant assez peu compatibles, j'en ai juste fait mon icône christique, I want to be white too.


Breeeef. Hier soir, visionnage de Locataires, de Kim Ki-Duk. Descriptif qui ne donne pas envie : une douce anesthésie, une heure trente de film émaillée de 12 lignes de dialogue, un jeune homme quelque peu alterno dans son approche du quotidien, du genre qui squatte les apparts momentanément délaissés sans y rien voler ; une femme battue, belle bien entendu, ils se croisent, ne se quittent plus, enfin si sinon pas de tension dramatique ; on note la présence redondante et rebondissante de nombreuses balles de golf qui disent bien des choses en filigrane à ceux qui veulent bien y penser et puis voilààà.

Plus sérieusement quoique pas tellement, il faut voir ce film parce que :
Ghafsa, cette sublime chanson de Natacha Atlas vient rythmer de manière lancinante et tragique les images de l'amour qui se contruit ; j'étais émue d'entendre ma langue faite de miel et de kalashnikov dire l'amour coréen.
Les regards des deux acteurs, leur sourires de créatures facétieuses qui subodorent que ça ne va pas durer.
Le grand rien des ensembles urbains oppressants qui finiront par avoir notre peau, les gens navrants qui y grouillent, la police aussi laide là-bas qu'ailleurs, les vieux maris pourris, leur bouches veules.
Les belles images qui disent les choses tristes des gens tous seuls, la grâce de l'acteur qui apprend à se faire ombre de lui-même, et ce baiser final fait de compromis puisque la vie est souvent moche mais qu'on veut quand même embrasser les garçons qui nous plaisent. Un film beau et douloureux, et la certitude pour ceux qui auront du mal à se réinventer, que l'on peut aussi se rêver, et ma foi, c'est déjà pas dégueu.


mercredi 4 novembre 2009

Cheval, Cow-boy et Indien (et Steven) (et Gérard) (et Mademoiselle Longrée)

Un film qualifié d'"éclat de rire de la Croisette", ça fait peur a priori. On se dit ouais bon, on visualise Evelyne Bouix morte de rire et on est pas trop sûr, du coup, de totalement rire à gorgeon déployé.

Sauf que : Panique au Village quoi, les gars. Mais siiii : si vous avez un ami graphiste et un pote féru d'humour belge, vous avez forcément entendu parler de ces courts métrages que ces belges des vertes vallées distillent avec talent (à visionner sans coup férir - ou "sans tarder" pour ceux qui aiment les mots qui ont un sens, genre, utile - Le Grand Sommeil)


Le gonzept : retour back in the days, quand tu te faisais chier dans ta chambre, et que tu construisais des histoires mêlant ta poupée Gem et les Hologrammes, des petites voitures, un cadeau Kinder Zurprise et un bout de ficelle.

Ben là c'est pareil, en gros et si vous avez raté le début, les protagonistes sont de petits persos en plastique, animés ambiance euh animés chelous (amis qui maîtrisez la terminologie, vous pouvez addender ce texte de néophyte en le rendant compréhensible merci) et le résultat est mor-tel. Avec des voix de belges. Cheval a une voix de gros renoi patibulaire, Cow-Boy celui d'un homme-fillette hystérique et Indien je ne sais plus, mais j'ai ri.


Ce sont les trois personnages principaux d'un drame abject, qui se déroule au village. On leur vole leurs murs ! C'est l'anniversaire de Cheval ! Il tombe amoureux de mademoiselle Longrée et va prendre des cours de piano ! Cow-boy et Indien sont des baltringues totales ! Du coup, moultes péripéties et rebondissements ! T'as rien compris c'est normal !

Bon, comme d'habitude, on déplore le quart d'heure en trop, que une heure ça aurait suffit amplement, mais on applaudit la belle performance du passage format court > format long, on reste scotché par l'animation, on ricane à postériori, notamment en repensant aux personnages secondaires hystériques (spéciale dédicace à Steven, le beuglard).

On vous encourage à aller le voir au cinéma, rapport au soutien à apporter aux belges, qui font des trucs, qu'ils sont bien.


dimanche 4 octobre 2009

I wanna be a fashion editor when I grow up

Que nenni, je ne veux pas - enfin si un peu, mais c'est juste parce que je sors du ciné, vu The September issue, documentaire qui raconte la génèse du N° de septembre du Vogue US 2008, mais j'y reviens plus tard - j'ai juste un problème d'inspiration avec les titres de mes posts en ce moment.

Et un problème de régularité en termes de fourniture de ce contenu rédactionnel unique et personnel et mien, mais j'ai une excuse valable pour cette semaine : malade, qu'elle était la gonze. Cinq jours d'immobilisation, le cerveau qui migre dans le lobe de l'oreille et seulement huit chaînes de télé, ça vous coupe l'inspiration bloggesque.

De plus, je suis d'une indécente bonne humeur, mâtinée cependant d'une mince couche de désarroi profond, dans ces cas les mots viennent différemment, or nous évoluons ici dans un espace de psychothérapie comportementale autogérée online, outil merveilleux, joujou emblématique de son époque certes, mais qui a tout de même ses limites à certains moments de la vie notamment de la mienne parfois.

Donc bref, The September Issue, ben on l'a vu et on est bien content. Le dimanche s'annonçait sinistre : réveillée à 9h30 (nan mais sans déconner), travail à faire (toujours pas fait, il est 23h, je suis très sereine, argleu), temps tristouno-dimanchesque. Début d'après-midi, tout ce qui pouvait viser à rendre mon habitat plus accueillant et pouvant être exécuté en sifflotant du rap/soul des 90's a été fait. Une vague monumentale de blues me submerge quand soudain, drelin drelin, l'ami Wowo propose un brunch dans des canapés mous et avec des magazines très cons. Je gambade vers le centre de Paris, on fait tout comme on avait dit qu'on ferait et on joue les prolongations dans les salles obscures parce que c'est long, le dimanche. On opte pour un truc de modasses car c'est Fashion Week baby cette semaine à Paris, et que quitte à, hein, ben autant, carrément. On trouve.

Digression de Pouffe / enter into a chick's brain : en plus j'avais mes Susan de Chloé aux pieds et donc les meufs de la fashion qui traînent les rues du Marais en masse me tuaient avec leurs yeux car le modèle est épuisé. Fini, apu, pati Susan, et moi je les ai, et en plus, je les kiffe donc je les arbore en crânant plus que d'habitude encore, ce qui rend les yeux des autres femelles vraiment vraiment très... fixes.

Information préalable : The September Issue est documentaire vise à nous faire découvrir l'élaboration du N° de rentrée du Vogue US, numéro stratégique s'il en est pour la rédaction, le service pub et les annonceurs, c'est la grande vente de l'année, le truc justifie de genre 600 pages et pèse deux kilos, définit ce que les femmes vont porter en amérique et ailleurs, rrr, vertige, pouvoir, caviar beluga, maison dans les Hamptons, tout ça. En filigrane, (rapide) portrait d'Anna Wintour, rédactrice en chef monstrueuse, boss from hell décrite dans Le diable s'habille en Prada.

Suite au visionnage, Wowo et moi convenons de ce qui suit :

La guest star c'est bien évidemment la rousse et terriblement désuète Grace Coddington, directrice de création du magazine, qu'on a envie de galocher au bout de quelques minutes tellement sa vie est un putain d'enfer avec la Wintour, tellement elle morfle, tellement elle travaille fort et sérieusement, voire fort sérieusement, tellement ses cheveux sont longs et roux et frizous, tellement elle tient (un peu) tête à la mère Anna alors que tout le monde ploie devant elle comme une merde ployante, même Stefano Pilati putaing. Grace tente de se charger de la direction artistique d'un certain nombre de shootings tandis qu'Anna lui sucre ses photos, ampute ses séries de mode, en bref, lui lacère le coeur avec des épingles trempées dans du curare. Pour au final recourir à elle en dernière extrémité, à deux jours du bouclage, pour refaire plusieurs séries de photos.

Grace and Anna. Fierce.

Sinon, nous confirmons qu'Anna Wintour est un frigidaire qui met de la fourrure, un cyborg, un truc avec une coupe de playmobil et des yeux qui n'expriment rien, hormis les émotions qui se situent entre le dégoût et la colère (soit : mépris, agacement, air liquide).

Le reste du docu n'intéressera que les poupouffes fashion, or elles ne lisent pas ce blog, donc on en restera là.

En guise de conclusion : crénom, j'ai hâte de reprendre le travail demain, et de sacrifier au rituel métro (une heure chaque matin)/ café/ bureau/ réunion/ argl/ brouh/ I want to break free/ cous farcis/moissonneuse-batteuse/métro.

T'as le ticket chic ?

samedi 12 septembre 2009

I got the poison, I got the remedy

Auto-navrage total. Vu le dernier Audiard, Un prophète. Douze heures plus tard, la seule chose que je suis capable de haleter et restituer, c'est : "Tahaaaaaaaaaaaaar".


Putain mec mais arrête d'être bonne comme ça. Mais alors bonne-bonne. Bonne de "J'aimerai beaucoup rencontrer ton agent afin qu'on parle négo, que je lâche le cash, t'attache, t'emmène chez moi et te viole rituellement pendant 15 ans. Après tu pourras partir et moi dormir, d'accord Tahar ?".


Ce genre de séduction vénéneuse totale, chez un mec, qui fonctionne même via écran interposé, c'est pas souvent. Je cœur de pierre. C'est d'autant plus dur quand tu vas voir le film avec un mec, à la sortie, tu voudrais tellement qu'il soit une meuf, mais juste 10 secondes, le temps que vous vous rouliez par terre en hurlant "Tahar" et en secouant les cheveux, les larmes aux yeux et la lèvre inférieure qui tremble.


Après tant d'hormonal, difficile d'enchaîner sur un truc de fond à dire sur le film. Tahar meilleur acteur de l'Arabie Heureuse Internationale? Nan ok, sérieusement : narration, dialogues, rythme, plans, stupéfianto-sublimes scènes oniriques, seconds rôles charismatiques en diable (Ryad, Jordi le Gitan, Lattrache de Marseille), même la bande-son : tout est impeccable.

On devait rejoindre une soirée après le visionnage, mais avec mon pote, nous n'avons pu que ramper jusqu'au troquet à touristes le plus proche pour psalmodier des critiques dithyrambiques et soupirer, tout choqués heureux, "on a vu un putain de bon film".

Et puis pour une fan de Oz, la prison reste le plus riche des biotopes pour dire ce qui se passe dehors, en te retournant les tripes anticlockwise (et avec un bon numerus clausus de mecs bonnes souvent à poil - rhaaa les scènes de douche).

Ryan O'Reily, roi des Irlandais dans la prison de Oz
et fantasme N°1 de mes nuits en 2007, 2008 et Q1 2009


Lu la critique d'une journaliste qui trouvait dommage de voir se renforcer certains clichés (les Corses, les dominantes ethniques en milieu carcéral, etc). La prochaine fois, promis, le film fera focus sur le Gang des Suisses et la mafia Suédoise, et leur rôle prégnant dans le Bad Biz français, ma'me la journaliste. On sortira ainsi du convenu.

(Je ne sais pas si je vous ai déjà dit que j'ai un problème avec les journalistes. J'y reviendrai une fois qu'il sera résolu).

Celle-là, ç'aurait été dommage de s'en priver
Tahar, tu ne bouges pas, j'arrive et je compte tes poils et tes pores
Et je recompte après pour être sûre de n'avoir pas fait d'erreur


Je dédicace ce film à ma nièce Louise, petit machinou corso-libanais
volcanique et attendrissant,
qui se sentira forcément très partagée pendant le visionnage.
Courage, petite, le sang de deux peuples euh particuliers coule dans tes veines.


mardi 1 septembre 2009

(it's like : I need a title, but i can't get one)

(S., je t'avais dit que je le ferais alors je le fais, mais alors, ça va être mauvais. Incapacité à prendre le recul nécessaire, mettre en perspective ou trouver le bon mot. Ma zone de flou personnelle, c'est le moyen-orient. Ca touche tout de suite aux conduits lacrymaux et à cette colère qui me fait bander les muscles et débander la joie de vivre. Ca finit toujours sur la certitude de ne jamais me reproduire (il ne faut pas non, regarde les cons). Et à ne jamais accorder de crédit à une démarche ou un discours avec du politique dedans. Bullshit, ce qui compte, c'est la thune qui te permettra de monter avec célérité dans le premier avion que la MEA pourra affréter et la longueur du bras de ton cousin qui connaît l'ambassadeur. Ou ta capacité à faire des films, de la musique ou des trucs avec des crayons pour sortir le mal et arrêter de ressasser)

(transition)


Alors The time that remains d'Elia Suleiman. Vous êtes à priori un lectorat cinéphile, vous avez lu les Inrocks ou un blog, vous savez les mots clés :
  • Keatonien slash clown triste
  • Contemplatif
  • Souci de rythme
  • Approche ironico-onirico distanciée
  • Je jamais crier les choses, les sussurer et effectuer quelques pas à la Gene Kelly en guise de pied de nez
  • And so on
C'est vrai. Tout cela est vrai, argumentable, démontable, redessinable à la sanguine, fixable au spray. Je vais avouer la vérité. J'aime le travail d'Elia Suleiman. Mais aussi : j'ai (partiellement) (en outre quoi) payé 8 euros 50 pour le fait d'entendre quelques mots de ma langue, de mon dialecte, si peu connu ici, atrocement parodié par le blaireau de base, sali par des sons gutturaux qui me sont étrangers, pierreux, arides. Une langue qui sait dire l'absurde et les vannes de cul avec un talent certain.

Is that loads of fun or what ?

Quitte à dire la vérité, plutôt que de rewriter du déjà lu, peut-être admettre que la scène sur laquelle j'ai le plus bloqué, c'est celle où j'ai vu madame ma mère. (Ce qui est injuste, vu le nombre d'autres scènes remarquables et je m'en excuse).

Alors : c'est la maman d'Elia, quand il revient de son exil, il la retrouve, elle a vieilli forcément, est un peu forte, a un look de merde elle qui fut si coquette, elle ne dit plus grand chose, elle a 16 ans d'âge mental et défonce les petits gâteaux la nuit alors qu'elle est diabétique. Petite sotte mignono-poignante.

Un soir, elle est sur le balcon. Assise toute droite et raide, elle se fait chier (sur le balcon). La nuit tombe et un feu d'artifice commence. Sa bonne asiatique (un incontournable nauséabond du middle-eastern lifestyle) l'entoure de ses bras et lui dit "wouah c'est beau le feu d'artifice madame" ("yiii, chou hélo eul feu d'artifice ya madaaaame" en philippino-rebeu).

Le problème c'est que niveau sonore, un feu d'artifice, ça ressemble méchamment aux bombardements. Le bras qui entoure la mère prend une autre dimension, se fait extension du mien, devient protecteur, noueux et éventuellement armé d'une kalash, dans ma vie rêvée de grande fille. Parce qu'en vrai, quand la bombe explose et que je bégaie du cerveau, c'est ma daronne de 80 ans qui me rassure et me sert un whisky en pensant que décidément, cette petite est quand même une couille molle.

J'ai payé pour me lever en trombe et foncer pleurer aux toilettes parce qu'il est un moment où observer les gens arrêter de vivre la vie et subir celle qu'ont décidé les autres sans trop faire un audit participatif et citoyen, ça devient insoutenable.

La chanson du générique de fin est, à cet égard, euh réussie. "Staying alive".

...

lundi 3 août 2009

De l'annulation d'un road trip

Avec l'ami Wowo ça fait longtemps qu'on a une obsession : le road trip aux USA (battement de mains hystérique). Gonzo journalism, white trash et motels glauques, des trucs fondateurs pour lui et moi, nous ne sommes pas amis pour rien. On était presque à la limite de mettre de l'argent à gauche pour checker les modèles de Lincoln customisées disponibles l'été prochain. Mais en fait on s'est dit qu'on allait plutôt aller au Japon, période cerisiers en fleurs. Le pourquoi du comment ? Nous sommes allés voir Brüno au cinéma hier. Ca nous a calmés quant à l'exotisme du raod trip précité. Le pédé et l'arabe de service perdus dans l'Arkansas, on le sent moyen moins avec le recul...

Donc Brüno. Alors oui, soupir, polémique bloggesque, moue de dégoût, procès en vulgarité. On a même lu ça et là que le propos du film était la mode et donc que c'était un film raté. Waw. A mon sens, le propos du film, c'est que les gens sont abjects et grotesques, qu'on est tous le con de quelqu'un, qu'observer les gens que Brüno bouscule provoque rougeurs et enlisement dans des lacs de honte, que l'amérique profonde est corticalement fissurée entre politically correct et néandertalisme, qu'il ne fait pas bon être hormonosexuel en Arkansas et que rien. Putain rien, faut-il injecter du sens à tout rha point sûre j'en suis. Sacha Baron Cohen, c'est du Jackass pour non skateurs. Plus fédérateur et plus vicieux. Gros malaise pendant les scènes tournées au moyen-orient. Pour en venir, je ne peux que m'incliner devant les couilles gigantesques et en titane du meussieu, il fallait oser je ne raconte pas, ça se regarde avec décrochement de mâchoire. Je m'incline cependant dos au mur et en me gratouillant la tête d'un air couillon.

Sinon, je me suis achetée de la basket en masse ces derniers temps (jeunisme quand tu nous tiens) et voudrais vous présenter la paire de Reebook la plus démente du siècle. Et mon bronzage, bien sûr. Pour une pouffette fashion asiatisante, ces shoes sont une représentation matérielle de l'orgasme clitoridien :


mardi 24 mars 2009

My heart belongs to daddy

Gran fucking Torino.

J'ai lu les critiques, je sais ce qu'il faudrait à peu près dire, en jetant une mèche inspirée par dessus mon cortex joli. Mais j'ai le palpitant serré comme un poing de prépubère colérique ET envie de danser un slow.

La seule chose que je puisse assumer là tout de suite, Clint ma couille, c'est mon désir brûlant de toi, ces barres de rire et ces larmes que tu as fait couler, orduroscope. Je ne pouvais plus respirer et j'ai hoqueté "OK, je pleure au ciné".


Je ne vais pas raconter l'histoire, il y a des sites spécialisés pour ça, avec un contenu genre riche. Synopsis mise en perspective références classieuses dialogues chiado-drôles et intégration dans l'oeuvre Eastwoodienne bon ok je raconte mais vite fait : un wannabe waspien raciste au dernier degré malgré ses ascendances polonaises catholiques, vétéran de la Corée au demeurant, voit son quartier de prolos clean envahi par du bridé qu'il est exotique.

"Grou grou", fait le Clint

Sa femme meurt, ses enfants sont à chier, il était aigri il devient minéral. Fort étonnamment, par une suite de situations cocasses, il copine avec la progénitude niakwé des voisins, se révèle figure paternelle d'appoint, s'implique un peu trop dans le hood, voit ses presques enfants violentés et dans une pulsion Dirty Harryesque, décide que merde alors non, ça va chier. Mais en fait foin de violence éhontée : il se sacrifie christiquement, je chiale comme une pleureuse professionnelle, musique triste, rideau.


Chapeau (melon et bottes de cuir)*, homme aux cheveux blancs.

*Copyright Y.

Là c'est quand Clint, il boit sa bière virilement en regardant la steppe,
les doigts délicatement posés sur le pli du pantalon

dimanche 15 février 2009

Male Obsession, Role Models & Cosmogonic Myth

Depuis 10 jours, immersion rituelle et obsessionnelle dans Twin Peaks. Le soir, après avoir sacrifié aux contingences professionnelles et amicales, je galope tel un shetland fougueux vers mon lecteur de DVD. Il faut regarder la série au casque, pour que la musique magique de Badalamenti opère. Dès les premières notes, on ferme les yeux religieusement, le corps frémit et on fusionne avec la création Lynchienne.

Forêt-qui-fait-peur, jupes 50's qui tournent et cigarettes - les volutes confèrent une dimension sexisante ultime aux brunes de cette série. Twin Peaks, au delà de tout ce que l'on a pu en dire vachement mieux que moi, c'est aussi et surtout l'Agent Dale Cooper (bruit de fille qui déglutit et qui est toute énamourée et qui griffe le canapé rouge cramoisi).

Rha, Dale, tu es so hieratico-érotique, man.

Figurez-vous, et c'est là que ça devient intéressant, que l'Agent Cooper se trouve AUSSI dans le film réalisé à partir de l'un de mes bouquins cultes, Dune de Frank Herbert. Il y joue Paul Atréides, un prince slash messie, en toute simplicité, il est le Kwisatz Haderach, pour ceux qui n'ont pas lu Dune, une sorte de super héros intergalactique messianique.

Paul Atréides revêtu du distille Fremen qui moule avantageusement ses pectoraux

Interlude inutile :

En termes d'identification à une héroïne littéraire, dans Dune, moi je veux bien être une prêtresse du Saint Ordre du Bene Gesserit, ça a quand même plus la classe qu'Emma Bovary, cette radasse pathétique, dont je parle dans le précédent post et qui constitue un parfait role model, mais pour jour de dépression.
L'un des secrets d'geurl du Bene Gesserit, groupuscule religieux barré et légèrement mysandre, c'est la Litanie de la Peur (que je vous encourage à réciter, par exemple, avant de dire à votre boss que vous avez fait une connerie chiffrable en euros ou expliquer à votre soeur que vous avez perdu son pull en cachemire) :
« Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi. »

Mais je digresse. Pour en revenir à l'obsession du moment : je pense à Kyle MacLachlan assez souvent ces derniers temps. Comment interpréter cette actuelle obsession MacLachlanienne (il était chaud celui-là) et tous les symboles qui y sont attachés ? Que cherche à me dire mon cerveau malade ?
Talk to me, Kyle

Sors, va boire un café au soleil, connasse, et décroche de cet écran ?