(S., je t'avais dit que je le ferais alors je le fais, mais alors, ça va être mauvais. Incapacité à prendre le recul nécessaire, mettre en perspective ou trouver le bon mot. Ma zone de flou personnelle, c'est le moyen-orient. Ca touche tout de suite aux conduits lacrymaux et à cette colère qui me fait bander les muscles et débander la joie de vivre. Ca finit toujours sur la certitude de ne jamais me reproduire (il ne faut pas non, regarde les cons). Et à ne jamais accorder de crédit à une démarche ou un discours avec du politique dedans. Bullshit, ce qui compte, c'est la thune qui te permettra de monter avec célérité dans le premier avion que la MEA pourra affréter et la longueur du bras de ton cousin qui connaît l'ambassadeur. Ou ta capacité à faire des films, de la musique ou des trucs avec des crayons pour sortir le mal et arrêter de ressasser)
(transition)

Alors The time that remains d'Elia Suleiman. Vous êtes à priori un lectorat cinéphile, vous avez lu les Inrocks ou un blog, vous savez les mots clés :
- Keatonien slash clown triste
- Contemplatif
- Souci de rythme
- Approche ironico-onirico distanciée
- Je jamais crier les choses, les sussurer et effectuer quelques pas à la Gene Kelly en guise de pied de nez
- And so on
C'est vrai. Tout cela est vrai, argumentable, démontable, redessinable à la sanguine, fixable au spray. Je vais avouer la vérité. J'aime le travail d'Elia Suleiman. Mais aussi : j'ai (partiellement) (en outre quoi) payé 8 euros 50 pour le fait d'entendre quelques mots de ma langue, de mon dialecte, si peu connu ici, atrocement parodié par le blaireau de base, sali par des sons gutturaux qui me sont étrangers, pierreux, arides. Une langue qui sait dire l'absurde et les vannes de cul avec un talent certain.
Quitte à dire la vérité, plutôt que de rewriter du déjà lu, peut-être admettre que la scène sur laquelle j'ai le plus bloqué, c'est celle où j'ai vu madame ma mère. (Ce qui est injuste, vu le nombre d'autres scènes remarquables et je m'en excuse).
Alors : c'est la maman d'Elia, quand il revient de son exil, il la retrouve, elle a vieilli forcément, est un peu forte, a un look de merde elle qui fut si coquette, elle ne dit plus grand chose, elle a 16 ans d'âge mental et défonce les petits gâteaux la nuit alors qu'elle est diabétique. Petite sotte mignono-poignante.
Un soir, elle est sur le balcon. Assise toute droite et raide, elle se fait chier (sur le balcon). La nuit tombe et un feu d'artifice commence. Sa bonne asiatique (un incontournable nauséabond du middle-eastern lifestyle) l'entoure de ses bras et lui dit "wouah c'est beau le feu d'artifice madame" ("yiii, chou hélo eul feu d'artifice ya madaaaame" en philippino-rebeu).
Le problème c'est que niveau sonore, un feu d'artifice, ça ressemble méchamment aux bombardements. Le bras qui entoure la mère prend une autre dimension, se fait extension du mien, devient protecteur, noueux et éventuellement armé d'une kalash, dans ma vie rêvée de grande fille. Parce qu'en vrai, quand la bombe explose et que je bégaie du cerveau, c'est ma daronne de 80 ans qui me rassure et me sert un whisky en pensant que décidément, cette petite est quand même une couille molle.
J'ai payé pour me lever en trombe et foncer pleurer aux toilettes parce qu'il est un moment où observer les gens arrêter de vivre la vie et subir celle qu'ont décidé les autres sans trop faire un audit participatif et citoyen, ça devient insoutenable.
La chanson du générique de fin est, à cet égard, euh réussie. "Staying alive".
Quitte à dire la vérité, plutôt que de rewriter du déjà lu, peut-être admettre que la scène sur laquelle j'ai le plus bloqué, c'est celle où j'ai vu madame ma mère. (Ce qui est injuste, vu le nombre d'autres scènes remarquables et je m'en excuse).
Alors : c'est la maman d'Elia, quand il revient de son exil, il la retrouve, elle a vieilli forcément, est un peu forte, a un look de merde elle qui fut si coquette, elle ne dit plus grand chose, elle a 16 ans d'âge mental et défonce les petits gâteaux la nuit alors qu'elle est diabétique. Petite sotte mignono-poignante.
Un soir, elle est sur le balcon. Assise toute droite et raide, elle se fait chier (sur le balcon). La nuit tombe et un feu d'artifice commence. Sa bonne asiatique (un incontournable nauséabond du middle-eastern lifestyle) l'entoure de ses bras et lui dit "wouah c'est beau le feu d'artifice madame" ("yiii, chou hélo eul feu d'artifice ya madaaaame" en philippino-rebeu).
Le problème c'est que niveau sonore, un feu d'artifice, ça ressemble méchamment aux bombardements. Le bras qui entoure la mère prend une autre dimension, se fait extension du mien, devient protecteur, noueux et éventuellement armé d'une kalash, dans ma vie rêvée de grande fille. Parce qu'en vrai, quand la bombe explose et que je bégaie du cerveau, c'est ma daronne de 80 ans qui me rassure et me sert un whisky en pensant que décidément, cette petite est quand même une couille molle.
J'ai payé pour me lever en trombe et foncer pleurer aux toilettes parce qu'il est un moment où observer les gens arrêter de vivre la vie et subir celle qu'ont décidé les autres sans trop faire un audit participatif et citoyen, ça devient insoutenable.
La chanson du générique de fin est, à cet égard, euh réussie. "Staying alive".



"... ça va être mauvais ..." : le critique qui s'auto-critique, une nouvelle génération de blogueur sans pitié avec le monde mais surtout avec lui-même? Là où le critique de cinéma se cantonne à l'analyse "objective" de sa discipline, le blogueur y rajoute son vécu, ses émotions vécues avec le film.
RépondreSupprimerDonc émotion. Sans doute as-tu reçu le film plus que quiconque, dans la case du cerveau qui fait mal.
Je me demande ce qu'un eskimo ressentirait à la vision de ce film brûlant.
En tant que parigo-breton, j'ai été interpellé par chaque plan, chaque instant, sans en comprendre toujours les relations avec l'histoire Palestinienne. J'avais zappé la connexion entres les feux d'artifices et les bombardements, qui à la lecture de ton post, m'apparait évidente...
J'ai été très touché quand : Elia contemple la photo de "son père sur le balcon" qu'il a saisis des mains de sa mère ; qui se trouve être aussi sur le balcon, à la même place. Scène exprimant le manque absolu d'un être perdu, d'un grand metteur en scène.
Un eskimo aurait pleuré ses larmes chaudes et salées, sans aucun doute.
Elia / Photo / Papa / Maman / Balcon: c'est le moment où je me suis lacrymalement lâchée. Poignant ("de sa race", dit-elle pour dédramatiser le biniou)
RépondreSupprimerMerci pour tes mots...
... de rien Ana Chronism. J'écris jamais rien et là j'ai pondu un texte un peu plus long qu'un status update. J'y ai passé du temps -celui de réactiver les quelques neurones consacrés un temps au bac français- et j'étais content de réagir à ton article "de sa race".
RépondreSupprimerHop.